La garçonnière (Hélène Gremillon)

la-garconniere-helene-gremi-092553_l_9273a70bf59889a5b4e1bb20b3298c27Une scène d’ouverture accrocheuse, où un médecin est accusé du meurtre de sa femme par quelques policiers véreux, puis une série de pages où la suite des évènements tarde à venir. Pour autant, il ne faudrait en rester là.

Hélène Grémillon plante lentement le décor, les personnages, et divulgue peu à peu l’intrigue. Argentine, Buenos-Aires. Les années suivant la dictature militaire menée par le général Videla durant les années 80, et qui a laissé de profondes séquelles. Faute de procès, anciens bourreaux en liberté ont repris leur petite vie, comme si de rien n’était, et se mêlent à leurs concitoyens, parmi lesquels d’anciennes victimes. Tel Miguel, pianiste de renom, effroyablement torturé par la junte militaire durant des jours, des semaines, comme il le révèle point par point à Vittorio, son psychanalyste, n’omettant pas de lui glisser que durant ces horreurs, bon nombre de psychanalystes étaient au service de l’armée.

Miguel se serait-il vengé ? Eva Maria l’ignore, elle enquête. L’héroïne, ou du moins le protagoniste principal de l’histoire, c’est elle. Ancienne patiente de Vittorio, elle veut savoir par qui et pourquoi Lisandra, l’épouse défunte du psychanalyste, a été assassinée. Alors elle écoute ces cassettes, ces enregistrements du psychanalyste en entretien avec ses différents patients, puis échafaude, parfois sous influence alcoolique, des hypothèses. Sans rien laisser au hasard, car elle le sait, les policiers sont trop souvent corrompus, voire anciens exécuteurs de la junte militaire pour certains, pour faire leur travail honnêtement. Vittorio avait-il une maîtresse ? Lisandra avait-elle un amant ? Se sont-ils disputés à ce sujet ? Serait-ce la cause du meurtre ? Hélène Grémillon tisse un récit alliant l’élégance littéraire au panache d’une intrigue qui flirte avec le polar, sur fond de querelles amoureuses et de drames humains. A travers une écriture talentueuse, elle divulgue les hypothèses avec habilité tout en brouillant les pistes. Et dispose les personnages avec équilibre, sans qu’aucun d’eux n’occupe une place trop importante. On aurait pu souhaiter un portrait psychologique plus poussé, voire plus attachant, de Vittorio ou Eva Maria par exemple. Mais La garçonnière est un de ces livres qui, une fois qu’il vous a pris au corps, ne vous lâche plus. A travers certains passages émouvants et profonds, La garçonnière se révèle être un roman haletant jusqu’à la dernière page (ce qui n’est pas toujours le cas, même dans les très bons livres). Un des meilleurs livres de l’année. Un roman à offrir pour les fêtes.

 

Extrait (page 247) :

« Je me demande laquelle a commencé à l’éloigner de moi. Laquelle il a regardé un jour après n’avoir eu d’yeux que pour moi. Son éloignement n’a pas été brutal. Le désamour est progressif. Avant d’aimer plus, on aime moins. Et encore moins et plus du tout. Mais cela, on ne s’en rend pas compte. Le désamour. Une relation devenue tiède, quotidienne, pragmatique, usuelle, utilitaire et habituelle, même pas raisonnée car on n’y pense plus. Il y a ceux qui peuvent vivre sans amour fou, moi, je ne peux pas. Je ne peux pas vivre sans amour fou. Je vais mourir du désamour de cet homme. Un jour, au début de notre histoire, il m’avait dit qu’il ne regardait plus les autres femmes. Il n’aurait jamais dû me dire ça. L’impensable plaisir pris à entendre ces quelques mots ne vaut pas le désespoir que j’ai eu à surprendre un jour ses yeux sur une autre. Un sourire l’aura d’abord éloigné de moi. Des yeux. Un regard. Une queue de cheval. Un mot. Un sourire. Une poitrine. Tout cela éclaté dans le panorama des femmes de la Terre. Sans même que lui le remarque vraiment ».

 

Alexis Brunet

 

 

Un monde beau fou et cruel (Troy Blacklaws – 2013 ; Critique pour « La Cause littéraire »)

Afrique du Sud, le Cap, Décembre 2004. Plus de dix ans après la fin de l’apartheid, le rêve arc-en-ciel de Nelson Mandela ne parvient pas àUn monde beau fou et cruel (Troy Blacklaws - 2013 ; Critique pour émerger. Gangsters et trafics en tous genres, pauvreté exponentielle, racisme inter-ethnique envers de nouveaux immigrés africains, persistance voire développement de ghettos déjà existants sous l’apartheid, manque de possibilités pour les générations nouvelles. Que les choses soient claires, la vie n’est pas de tout repos dans la ville du Cap et dans ses environs. La vie y est même très souvent dure.

Deux protagonistes. Jérusalem, surnommé Jero, et Jabulani. Un jeune sud-africain, un professeur du Zimbabwe. Le premier est métis, né de père musulman et de mère juive, le second échoue dans le chaos de la nation « arc en ciel » suite à la répression s’abattant dans son pays. Le premier tombe sous le charme d’une jeune femme caucasienne de la bonne société. Le second tombe aux mains de malfrats aux activités les plus sordides, et n’ayant pas une once d’humanité dans ce monde gangrené par la violence et le mépris de la vie humaine. Et tandis que le premier, pauvre et de sang noir, joue quelques accords de guitare dans la rue pour tenter d’attirer l’attention de la belle blanche et riche, le second se retrouve poursuivi par un bandit surnommé « Cowboy fantôme », auquel il tente désespérément d’échapper.

Tandis que Jero tente d’obtenir les faveurs de sa belle, Jabulani lutte pour sa survie. Tous deux tracent leur chemin au hasard des rencontres, semblent peiner à trouver leur place dans une société au bord du gouffre, où le nombre des laissés pour compte paraît croître d’une façon inéluctable. C’est donc une face sombre de (lire la suite)

Critique du roman « Les Fuyants » pour « La Cause littéraire »

Les Fuyants, Arnaud Dudek (Alma Editeur)                                                                                                                                                                                                                                                        

Critique du roman

Quatre personnages. Masculins. Issus de la même famille, ils ne se sentent pas pour autant scellés par les liens du sang. Le premier, David, se donne la mort en avalant une bouteille d’insecticide. Son père Jacob, mis en retraite précocement, est littéralement happé par l’ennui et voit sa vie devenir quasiment vide. Son petit-fils, Joseph, est un geek qui sabote les sites internet d’extrême-droite. Simon, enfin, qui vient de mettre un terme à sa courte carrière d’athlétisme, rencontre une jeune femme dénommée Marie, dans un bar.

Les récits des quatre protagonistes s’alternent ; dans une continuité et une harmonie certaine, sans pour autant s’entrecroiser, du moins dans un premier temps. On suit avec plaisir les péripéties de Joseph, qui navigue entre son monde de forums virtuel, sa famille et son collège. On sourit des efforts de Simon pour séduire cette jolie jeune femme se sentant seule dans un bistrot malgré la présence de ses copines. On devrait également apprécier le récit des efforts de Jacob qui, malgré le vide abyssal tendant à caractériser sa nouvelle vie, tente obstinément d’y maintenir un cap, en essayant notamment de retrouver son fils qu’il n’a pas vu depuis des années. (lire la suite)

Critique de l’essai « L’économie selon la Bible » pour « La Cause littéraire »

 

Critique de l'essai

« L’économie selon la Bible », Richard Sitbon, Editions Eyrolles, mars 2013

C’est une approche originale, du moins pour le grand public, que nous livre Richard Sitbon. En étayant son travail par celui de ses prédécesseurs, il nous apprend qu’un certain nombre d’économistes, théologiens, idéologues, ou simplement penseurs souhaitant œuvrer pour un monde meilleur, ont puisé la source de leur théorie dans l’étude de l’Ancien Testament ou du Talmud.

A travers une analyse du traitement de l’échange, de la notion d’intérêt, ou de la place de l’homme dans l’économie notamment, l’auteur entend nous démontrer peu à peu en quoi l’économie dans l’Ancien Testament tend à placer l’homme en son centre, ceci au dépend du tout profit, tout en gardant la valeur travail comme fondamentale. Une économie « solidariste », plus subtile que libéralisme sauvage, qui flirte avec la « décroissance » et dont les principes rappellent en de nombreux points l’Economie sociale et solidaire. Et son ministère évidemment. Car quels sont les piliers du « solidarisme », cette théorie macro-économique ? L’éducation, le groupe, le contrôle de la croissance, la régulation de la concurrence, un nouvel ordre social.

Critique du roman « Le chasseur de lucioles » pour « La Cause littéraire »

« Le chasseur de lucioles », Janis Otsiemi (Editions Jigal – Février 2012)

Critique du roman

C’est une plongée dans le Gabon contemporain que nous propose le romancier Janis Otsiemi. Une plongée dans une réalité bien dure, parfois crue, voire dérangeante. Au pays où le sigle « SIDA » signifie pour certains « Syndrome inventé pour décourager les amoureux », la vie humaine n’a pas la valeur qu’elle mérite, et celle des lucioles encore moins. Les lucioles, ce sont les prostituées. Mais le savoir avant d’entamer la lecture n’altère en rien cette dernière.

C’est pour se venger de la terrible nouvelle de sa séropositivité que Georges décide de transmettre le syndrome à une de ces lucioles, dans un motel de Libreville, capitale du Gabon. Hôtels de passe, flics de Série B, escroqueries en tout genre, Janis Otsiemi parvient à décrire le quotidien de son pays sans complaisance. A travers un style fait de phrases courtes et de mots bien placés, il réussit dès les premières pages à nous amener dans un univers comme si on y était. Et au passage, nous apprend quelques termes d’argot gabonais.

C’est de polar qu’il s’agit ; avec des descriptions macabres qui font froid dans le dos. On suit le quotidiens de policiers s’efforçant de faire honnêtement leur travail, de prévenir des crimes commis par des êtres prêts à tout, y compris aux actes les plus abjects pour dérober quelques francs CFA. On suit le cheminement d’une traque à des meurtres en série que rien, surtout pas le respect de la vie humaine, et qui plus est celle d’une prostituée, ne semble pouvoir freiner. Un portrait sombre, un portrait sans complaisance. La face cachée du Gabon dépeinte

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Critique du roman « La pirouette (Eduardo Halfon – Quai Voltaire) pour « La Cause Littéraire »

 

Critique du roman

« La pirouette », Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan (Editions Quai Voltaire – mars 2013)

Un bijou, un joyau, ou encore une pépite, comme on dit. Ce court roman de l’écrivain guatémaltèque, Eduardo Halfon, flirte avec le merveilleuxosons le mot. Et pas besoin de parcourir la revue de presse globalement dithyrambique envers cet ouvrage au préalable. Pour en être convaincu, et surtout pour le ressentir, mieux vaut encore le lire.

Résumons le contexte : lors d’un festival de musique dans la ville baroque d’Antigua, Eduardo et Lia, jeune couple de Guatémaltèques, font la connaissance de Milan Rakic, un pianiste serbe surdoué. Pour Eduardo, cette rencontre produit l’effet d’une déflagration. Durant deux jours, Milan, éternel apatride, et Eduardo, professeur d’université, nouent une solide amitié. De retour à la vie quotidienne, Eduardo reçoit de Milan des cartes postales énigmatiques postées depuis différents endroits de sa tournée. Quand il reçoit une carte postale qui apparaît comme une carte d’adieu, Eduardo décide de partir à Belgrade à la recherche du pianiste.

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Critique du roman « L’Antidote » pour le magazine « La Cause littéraire »

Critique du roman « L’Antidote », Raffy Shart (Le Cherche-Midi, mai 2013) 

Ça commence par une narration des péripéties de Toby dans sa voiture, jeune écrivain à succès, un brin junkie sur les bords ; qui dégage comme un parfum des livres d’Irvine Welsh (Trainspotting, Glu). Puis d’autres personnages surgissent dans le décor, tous issus du milieu du cinéma anglo-saxon, et se retrouvent réunis autour d’une même égérie, Gloria. (lire la suite)

ISRAEL : UN AVENIR, MAIS LEQUEL ?

 

Quelques semaines après les législatives, qui ont fait parler d’Israël dans les médias, notamment à travers la quasi-absence du conflit israélo-palestinien lors de ces élections et de la percée du nouveau parti « Yesh Atid » (« Il y a un avenir »), qu’en est-il vraiment de la situation politique et sociétale de ce pays. De Jérusalem à Tel-Aviv, en passant par Ashkelon, récit d’un court reportage rythmé par quelques rencontres aux accents variés.

Le tramway de Jérusalem permet de mesurer la variété des quartiers et la complexité d’une éventuelle frontière future entre deux Etats, Israël et Palestine. En partant du Mont Herzl, recouvert de pins et de cèdres, dont le nom est en référence à Théodore Herzl, principal fondateur du mouvement Sioniste, et dont l’attrait essentiel reste le musée « Yad Vashem », consacré à la Shoah, on descend d’abord vers la nouvelle ville de Jérusalem, dénommée aussi « centre-ville ». (lire la suite)

Quelques mots avec Assaf Gavron (interview pour le magazine « La Cause littéraire »)

 (Interview pour le magazine « La Cause littéraire »)

Avec plusieurs récompenses dans sa carrière d’écrivain, et un nouveau roman, « Hagiva » (« La colline »), qui est un best-seller en Israël, Assaf Gavron est considéré, à l’instar d’Etgar Keret ou Sayed Kashua, comme un des romanciers israéliens majeurs de la nouvelle génération. Dans un café branché de Tel-Aviv, quelques mots à propos de Lecture, de Politique et de Paix.

 Quelques mots avec Assaf Gavron (interview pour le magazine

 Photo par Moti Kikayon

Vous venez de gagner le « Prix Courrier international du meilleur livre étranger », comment vous sentez vous à ce sujet ?

J’ai été très heureux de le gagner. En effet, c’est un bon prix, venant d’un journal qui permet d’apprendre sur les autres cultures, qui brasse des articles du monde entier. C’était très agréable d’aller à Paris pour obtenir, c’est une très  bonne reconnaissance que je reçois.
Et dès l’année prochaine, certains de mes autres ouvrages devraient être disponibles en français.

Quand avez-vous commencé à écrire ?

Quand j’avais environ 24, 25 ans. J’ai publié mon premier livre en 1997. C’est un roman intitulé « Ice ». Je viens de publier mon septième livre il  y a deux mois, qui traite des colonies, et sera bientôt disponible en anglais. (lire la suite)

Quiproquos

Quiproquos  akima-22(Récit fictif contemporain, 60 pages).

Au  bout d’un mois il fallut qu’il se plie à la raison. Il était en train de tomber amoureux de cette gamine. Elle n’avait pourtant pas un physique spécialement sexy. Elle était même moins attirante que sa femme et son corps plantureux. Elle n’était pas non plus dotée de la somptueuse chevelure de cette dernière. Elle avait au contraire les cheveux courts, à la garçonne. Mais elle détenait cet accent italien qui lui conférait un tout autre charme. Serge n’avait pu y résister. Il la réentendait lui parler avec cette délicieuse intonation lorsqu’il était chez lui. Il avait donc fini par l’inviter au restaurant. Cela s’était fait de la façon la plus simple possible. Il ne l’avait même pas invitée dans le but de la sauter. Sur ce point Akima la satisfaisait pleinement. Mais il avait besoin d’autre chose. Il sentait qu’il était en proie à une envie de nouveauté. Et il ne s’était pas trompé. Aujourd’hui encore, Fernanda était synonyme de fraîcheur, alors qu’Akima n’évoquait que routine. Le contraste s’était même accentué, et tout son dévolu était maintenant posé sur Fernanda. Et il souhaitait lui offrir des fleurs et partir avec elle en voyage à Florence. Mais il n’y parvenait pas.

Le texte intégral est disponible gratuitement en cliquant ici

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