Quiproquos

Quiproquos  akima-22(Récit fictif contemporain, 60 pages).

Au  bout d’un mois il fallut qu’il se plie à la raison. Il était en train de tomber amoureux de cette gamine. Elle n’avait pourtant pas un physique spécialement sexy. Elle était même moins attirante que sa femme et son corps plantureux. Elle n’était pas non plus dotée de la somptueuse chevelure de cette dernière. Elle avait au contraire les cheveux courts, à la garçonne. Mais elle détenait cet accent italien qui lui conférait un tout autre charme. Serge n’avait pu y résister. Il la réentendait lui parler avec cette délicieuse intonation lorsqu’il était chez lui. Il avait donc fini par l’inviter au restaurant. Cela s’était fait de la façon la plus simple possible. Il ne l’avait même pas invitée dans le but de la sauter. Sur ce point Akima la satisfaisait pleinement. Mais il avait besoin d’autre chose. Il sentait qu’il était en proie à une envie de nouveauté. Et il ne s’était pas trompé. Aujourd’hui encore, Fernanda était synonyme de fraîcheur, alors qu’Akima n’évoquait que routine. Le contraste s’était même accentué, et tout son dévolu était maintenant posé sur Fernanda. Et il souhaitait lui offrir des fleurs et partir avec elle en voyage à Florence. Mais il n’y parvenait pas.

Le texte intégral est disponible gratuitement en cliquant ici

« Onbiaise, on s’arrange, on a notre petite lâcheté dans les pattes comme un animalfamilier. On la caresse, on la dresse, on s’y attache. C’est la vie. Il y a les
courageux et puis ceux qui s’accommodent. C’est tellement moins fatiguant de s’accommoder ».

Anna Gavalda

 

1

Akima se réveille les paupières lourdes, comme tous les jours. Elle les essuie afin d’oublier le dernier rêve qu’elle a fait. Elle a la gueule dans le sac et réalise qu’elle va devoir affronter la vie réelle aujourd’hui. Elle se dirige directement vers la salle de bain afin de reprendre ses esprits. Sortie de la douche elle se sent rudement mieux. Comme toujours les voisins du dessus sont en train de se disputer mais elle en a pris l’habitude. A force elle sait en faire abstraction. Elle se sèche les cheveux et se maquille les cils. C’est une habitude que lui a transmise sa mère dès son adolescence. Et depuis elle ne s’en est jamais séparée. « Soigne bien tes yeux ma fille, c’est de là que viendra ton charme alors mets les en valeur ». Elle se remémore cette phrase comme si c’était hier. Elle a bien pris soin de suivre ce conseil et a passé, à quelques rares exceptions, chacune de ses matinées à maquiller ses cils l’un après l’autre. Puis elle n’omet pas de mettre un peu de gris sur ses cernes. Après quoi elle jette un coup d’œil sur son corps à travers la glace. Elle y observe ses seins. Gros, un peu tombants mais larges. Ils plaisent à tous les hommes. Il n y a pas à chercher midi à quatorze heure, c’est eux qui la mettent en valeur, beaucoup plus que ses yeux. Cela commença vers l’âge de seize ans. Elle sentit déjà les regards des hommes venant se perdre sur son buste, ce qui continua dans ce sens. Depuis lors, elle ne pouvait  marcher cent mètres dans la rue sans sentir un passant plonger ses yeux vers sa poitrine. « Il faut dire qu’il sont gros, bien gros », se dit-elle en enfilant son soutien-gorge. Un DIM de taille 95D, cela ne convient pas à toutes les femmes. Elle regarde dans le même temps son ventre. Il est un peu rond, certes. Avec l’âge et le manque d’exercice, quelques couches de graisse s’y sont logées, et sans doute de façon durable. Mais il n’y a là rien d’alarmant, elle se différencie simplement des jeunes mannequins anorexiques. Et puis il reste ses fesses. « Elles sont belles », pense-t-elle. Un peu rondes mais pas trop, encore en bonne santé, pas grasses. Depuis son adolescence où elle s’est vue prendre en forme, ces fesses ont souvent accaparé des regards masculins. Tout en fermant le haut de son pantalon, elle ne doute pas de son potentiel de séduction. Elle aère légèrement ses longs cheveux noirs ondulés puis convient qu’elle est dotée d’un physique séduisant.

Elle a besoin d’un café. Cela la réveille tous les matins et elle ne peut s‘en passer. Elle l’accompagne de quelque chose à grignoter car elle ne peut pas commencer sa journée le ventre vide pour se retrouver en fin de matinée avec l’estomac qui gargouille. Après quoi elle se sent généralement prise d’un  besoin irrésistible de passer aux toilettes. Réglée ainsi, jour après jour, elle a quotidiennement obligation d’évacuer sesintestins. Elle a conscience que ce n’est pas ce qui fait son charme mais c’est ainsi. « Le fonctionnement de mon corps est celui de n’importe qui, y compris celui de toutes ces starlettes qu’on érige en modèles de beautés froides et inaccessibles », se dit-elle alors qu’elle jette son dernier morceau de cellulose au fond du trône. Puis après avoir  tiré la chasse, elle remarque que ses ongles longs et vernis sont loin de la grâce à laquelle ils prétendent. Un généreux nettoyage s’impose. Elle en profite pour contempler encore une fois ses cheveux. Ils sont épais, noirs, teintés de reflets, ils sont beaux.

A peine a-t-elle descendu les escaliers qu’elle tombe sur son voisin, Monsieur Honoré, qui sort de l’ascenseur. Il porte des lunettes rectangulaires sur un visage un peu bouffi et pâle. Il est sérieusement dégarni mais parvient à le cacher par quelques cheveux rabattus en arrière sur son crâne

- Bonjour Madame.

- Bonjour Monsieur.

- C’est pas souvent que je vous croise ces temps-ci. Votre mari
également. Il travaille beaucoup en ce moment, il n’est jamais là.

- Oui c’est vrai qu’il n’est pas trop présent, mais vous n’allez pas
tarder à le revoir.

- Oh mais je m’en doute Madame, répond-il en réajustant ses lunettes sur
son nez.

Il n’est pas laid. Il est doté d’un sourire jovial qui le caractérise chaque fois qu’elle le croise. Muni de son attaché case, il se  rend  quotidiennement à son bureau. Il est un travailleur hors pair, un cadrequi passe la majorité de son temps dans son agence, qu’il ne quitte que pour rentrer dans son grand appartement. Akima le laisse partir devant. Il ne rechigne pas. Il est réglé cinq jours sur sept de neuf à dix-sept heures. Il travaille et il aime cela. Akima n’en est pas là. Elle a travaillé tout au plus deux ans dans sa vie. Mais elle n’en souffre pas et est bien vue de ses voisins. Elle a épousé monsieur Toussaint, et en ce sens elle a réussi. Elle est une bonne épouse, elle plait à ses voisins. Que demander de plus ? Elle est persuadée qu’une fois terminée sa journée de labeur quotidien, monsieur Honoré jalouse son mari. Elle est charmante, elle est bien faite, elle plait.

A peine monsieur Honoré, vaillant et muni de son attaché case, vient-il de claquer la porte de l’immeuble, qu’Akima rencontre une dame d’un certain âge qu‘elle n‘a jamais croisé auparavant. Elle lui ouvre aimablement la porte afin de la laisser passer. Après l’avoir regardée avec méfiance, la dame l’observe  avec considération. « Merci Madame, merci beaucoup », finit-elle par dire. Akima se contente de lui répondre par un sourire. La dame en semble comblée. Akima en déduit qu’elle vient à son insu d’œuvrer pour la cause de l’intégration. Elle est la maghrébine bien intégrée. Pour elle qui ne parle pas un mot d’arabe, c’est pas mal. Elle se dit qu’elle a de moins en moins d’affection pour ces bobos blancs qui hantent son quartier en poussant des landaus de nouveaux nés noirs, puis elle marche un peu. Au bout d’un court instant, un jeune homme fixe ses yeux sur son buste. Elle ne s’est pas trompée. N’en déplaise à sa mère, sa poitrine la met en valeur plus que ses yeux. Et malgré qu’elle soit évidemment destinée à vieillir, cet équilibre ne devrait pas s’inverser. Ce sont toujours ses seins qui lui vaudront les regards en biais des passants, et non ses yeux et leur supposés pouvoir de séduction.

A peine arrive-t-elle au niveau d’un square qu’elle entend des apostrophassions : « Eh madame Toussaint, madame Toussaint ! » Il lui est difficile de ne pas se retourner. C’est une voisine. « Eh bien, madame Toussaint, c’est pas que vous marchez vite mais quand même », dit-elle avant de s’approcher vers elle avec un air de clémence. –exactement ce dont Akima ne veut pas–. « Je veux vous dire bonjour parce que je ne vous vois jamais », reprend-elle. Akima la connaît à peine et n’apprécie pas sa façon de l’aborder. De plus cette attitude de bienfaisance que prennent certaines personnes envers elle l’agace. « Et bien me voilà, en chair eten os » répond-elle, irritée.  La voisine ne dit rien, tout en la contemplant de haut de bas –« ce qui signifie qu’elle est impressionnée par mon allure », pense Akimaavant de lui déclarer : « Non mais je vous voyais passer alors je voulais savoir comment vous vous portez, et savoir si votre mari va bien ». « Je suis là et je vais bien, et mon mari aussi », lui répond sèchement Akima. « Et bien tant mieux, vous faites un très beau couple », rétorque la voisine d’un air à la fois formel et sincère. Akima ne peut donc distinguer le vrai du faux. « Je vous en remercie, Madame, maintenant je dois vous laisser », répond-elle. Elle profite de cette sorte d’enivrement qu’elle inspire à la voisine pour s’échapper d’une conversation qui lui aurait de toute façon été infernale. Monsieur Honoré mis à part, elle n’aime pas les longs dialogues avec son voisinage.

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Commentaires

  1. Gen de L'MAE dit :

    « mais il n’y parvenait pas »
    … heureusement qu’elles existent ces contingences…

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