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Quelques mots avec Assaf Gavron (interview pour le magazine « La Cause littéraire »)

 (Interview pour le magazine « La Cause littéraire »)

Avec plusieurs récompenses dans sa carrière d’écrivain, et un nouveau roman, « Hagiva » (« La colline »), qui est un best-seller en Israël, Assaf Gavron est considéré, à l’instar d’Etgar Keret ou Sayed Kashua, comme un des romanciers israéliens majeurs de la nouvelle génération. Dans un café branché de Tel-Aviv, quelques mots à propos de Lecture, de Politique et de Paix.

 Quelques mots avec Assaf Gavron (interview pour le magazine

 Photo par Moti Kikayon

Vous venez de gagner le « Prix Courrier international du meilleur livre étranger », comment vous sentez vous à ce sujet ?

J’ai été très heureux de le gagner. En effet, c’est un bon prix, venant d’un journal qui permet d’apprendre sur les autres cultures, qui brasse des articles du monde entier. C’était très agréable d’aller à Paris pour obtenir, c’est une très  bonne reconnaissance que je reçois.
Et dès l’année prochaine, certains de mes autres ouvrages devraient être disponibles en français.

Quand avez-vous commencé à écrire ?

Quand j’avais environ 24, 25 ans. J’ai publié mon premier livre en 1997. C’est un roman intitulé « Ice ». Je viens de publier mon septième livre il  y a deux mois, qui traite des colonies, et sera bientôt disponible en anglais.

Vous avez aussi été traducteur avant, n’est-ce pas ?

Oui, j’ai traduit la totalité des ouvrages de Philip Roth de l’anglais vers l’hébreu ; j’ai aussi traduit J.D Salinger et Jonathan Safran Foer.

« Croc attack » est votre seul roman traduit en français à ce jour. Il se déroule pendant la seconde Intifada, et met en scène deux protagonistes dont vous croisez les chemins : Croc, qui est israélien, et Fahmi, qui est palestinien. C’est un sujet complexe. Diriez-vous qu’il s’agit d’un livre politique ? 

Non. Il s’agit d’un problème politique, le sujet est politique, le fond est politique, mais le livre n’est pas politique. Il s’agit de personnes qui vivent une certaine situation à un moment donné.

La description du protagoniste palestinien, Fahmi, qui est dans un hôpital parce qu’il a manqué une attaque terroriste est empathique, voire sympathique.

Oui. Il s’agit de personnes qui vivent une certaine situation. Il s’agit de gens qui vivent dans une situation qu’ils n’ont pas choisi de vivre. Ce n’est pas pro-ceci ou pro-cela. Cela n’a pas d’importance qu’ils travaillent dans la haute technologie ou qu’ils fassent partie d’un groupe terroriste. Je ne suis pas pro-ceci ou pro-cela, j’essaye de comprendre les opinions. « Croc attack » a été publié en Israël il y a sept ans, mais il traite d’évènements ayant eu lieu il y a environ dix ans. Lorsque c’était la période de l’Intifada, il y avait beaucoup de tensions, mais actuellement c’est calme.

Mais il y a pourtant eu des problèmes en Novembre dernier, non ?

Oui, mais en Novembre, ce n’était pas une chose constante, ça n’a duré que quelques jours. Les attaques ont fini par prendre fin donc elles n’ont pas eu beaucoup d’effet sur les gens. Je veux dire que nous vivons toujours dans une zone de conflit, ce n’est pas l’Europe, mais Tel-Aviv est globalement sûr ; pas comme il y a au moins sept ans.

J’ai entendu dire que « Croc Attack » n’a pas eu un grand succès en Israël.

Les gens ici n’aiment pas ce sujet. Ce fut une période très mauvaise, donc c’est un sujet très sensible Il y a un personnage palestinien, et les gens n’aiment pas beaucoup parler de Palestiniens. Ce livre a eu un certain succès mais pas autant que le précédent. Dans une certaine mesure, il n’a effectivement pas bien marché.

Avez-vous une opinion sur le résultat des dernières élections ? 

Ils ne sont pas si bons, mais ils sont meilleurs qu’attendus. Le nouveau parlement est meilleur que celui d’avant à mon avis. Je soutiens la gauche, je souhaite une résolution du conflit avec les Palestiniens.

Vous êtes pour la solution à deux Etats n’est-ce pas ?

Je ne sais pas si c’est ce que je veux mais c’est ce qui doit arriver. Vous savez, il y a deux peuples qui vivent plus ou moins dans deux régions, c’est donc ce qui doit arriver. Je ne pense pas que cela va arriver avec ce Parlement, mais je pense qu’à ce sujet, il ne sera pas aussi mauvais que le précédent. Je suis pour la Démocratie et je suis pour la Paix.

Etes-vous contre les colonies, par exemple comme à Hébron ?

Oui. Hébron est une ville arabe avec 100 000 arabes et des centaines de juifs qui sont protégés par des soldats par centaines, donc je pense que cette colonie n’a pas lieu d’être.

Avez-vous une opinion sur Yaïr Lapid et son parti « Yesh Atid », qui a créé la surprise aux dernières élections ?

Je n’apprécie pas tellement Yaïr Lapid, vous savez. Dans la mesure où je suis israélien, je le connais depuis de nombreuses années. Je ne pense pas qu’il soit quelqu’un de très intelligent, ou de très intéressant, qui puisse changer grand-chose à la situation actuelle, mais c’est mieux que ce soit lui qui ait gagné que les partis extrémistes. En outre, il y a de bonnes personnes dans son parti, alors peut-être que cela aura un effet bénéfique sur le gouvernement.

Et concernant Naftali Bennet, et son parti « Habait Hayehude » (La maison des juifs) ?

Je pense que c’est un extrémiste. Vous savez, j’ai étudié de près les colonies ces derniers temps, et je m’y suis rendu depuis quelques années, dans le but d’obtenir des informations pour mon dernier livre. Et je vois qu’ils ont de plus en plus de popularité, de plus en plus de puissance. Le pouvoir qu’ils obtiennent est une partie intéressante de l’évolution de la situation. Mais encore, ils n’ont pas eu autant de sièges qu’ils le souhaitaient, donc le résultat les concernant est meilleur que prévu.

Qu’est-ce que vous aimez lire, et appréciez-vous certains auteurs français ?

J’aime beaucoup de choses. Un grand nombre de fictions, d’auteurs américains ou anglais, de Marc Twain à Stallinger ou Philip Roth. Nous avons aussi de bons écrivains en Israël, dont certains sont mes amis, comme Edgar Keret ou Sayed Kashua. Concernant les auteurs français, j’aime bien Houellebecq.

Bien. Et que pensez-vous des évènements politiques en Syrie ou de la situation en Iran ?

Ce n’est pas le rôle d’Israël que d’agir dans ces évènements. Nous devons les suivre de près, parce que nous sommes voisins mais vous savez, le régime d’Assad est très mauvais, totalitaire, et nous espérons qu’il sera remplacé par un régime plus démocratique. Je ne sais pas si cela va se produire, personne ne le sait, nous espérons que cela ne nous affectera pas dans le mauvais sens. Pour le moment il ne semblerait pas. Les syriens sont nos voisins, mais ce qui se passe en Syrie n’est pas lié à Israël. J’espère que dans ce pays, il y aura un régime démocratique qui remplacera le régime totalitaire, mais je pense que c’est un long processus.

Mais pensez-vous que les évènements en Syrie peuvent influer sur Israël ?

Je ne sais pas. Personne ne le sait. Nous n’avons pas été récemment en conflit avec la Syrie. J’espère qu’il en sera encore ainsi, et j’espère qu’un jour ça ira mieux. Vous savez, j’observe les évènements comme un citoyen du monde, comme n’importe qui. Ce n’est pas une belle chose que de voir tant de gens se faire tuer. J’espère que cela va se terminer bientôt, et que ce sera bon pour le Peuple syrien. Je ne pense pas que ces évènements aient vraiment d’effet sur nous. Concernant l’Iran, il y a un leader fou, qui parle beaucoup, mais je pense que le peuple iranien est un grand peuple. Très cultivé, très artistique, et je ne pense pas qu’il fasse partie de cela. Je sais que c’est inquiétant que l’Iran puisse se procurer des armes nucléaires mais je ne suis pas vraiment inquiet sur une attaque nucléaire de leur part.

Vous avez grandi à Jérusalem, pourquoi avez-vous déménagé à Tel-Aviv ?

J’aime Jérusalem, j’ai grandi là-bas. Mais c’est assez extrémiste, très pauvre, très religieux, et je pense aussi que c’est une ville intolérante. Il n’y a donc rien à faire pour moi là-bas. Tel-Aviv est une ville agréable à vivre, même si durant l’été le temps est terriblement chaud. Il y a de bonnes personnes, beaucoup de jeunes, et la culture est bonne ici, notamment les écrivains. C’est l’endroit où mes amis, mes collègues sont. Et ma femme aussi, donc c’est un bon endroit pour moi.

Né à Arad, Assaf Gavron s’est imposé parmi la dernière génération d’écrivains notoires israéliens. Son dernier ouvrage, « Hagiva » (« La colline »), a un très large écho en Israël et y est actuellement un Best-seller. « Croc attack » (Payot-Rivage), seul ouvrage disponible en français à ce jour, a remporté le « Prix du meilleur livre étranger Courrier international ».

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