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ISRAEL : UN AVENIR, MAIS LEQUEL ?

 

Quelques semaines après les législatives, qui ont fait parler d’Israël dans les médias, notamment à travers la quasi-absence du conflit israélo-palestinien lors de ces élections et de la percée du nouveau parti « Yesh Atid » (« Il y a un avenir »), qu’en est-il vraiment de la situation politique et sociétale de ce pays. De Jérusalem à Tel-Aviv, en passant par Ashkelon, récit d’un court reportage rythmé par quelques rencontres aux accents variés.

Le tramway de Jérusalem permet de mesurer la variété des quartiers et la complexité d’une éventuelle frontière future entre deux Etats, Israël et Palestine. En partant du Mont Herzl, recouvert de pins et de cèdres, dont le nom est en référence à Théodore Herzl, principal fondateur du mouvement Sioniste, et dont l’attrait essentiel reste le musée « Yad Vashem », consacré à la Shoah, on descend d’abord vers la nouvelle ville de Jérusalem, dénommée aussi « centre-ville ». La gare routière est constamment emplie de monde, Jérusalémites ou touristes ; qui se pressent devant les files d’entrées des contrôles de sécurité drastiques. Puis le tramway descend la longue rue de Jaffa pour passer par la Porte de Damas, lisière entre l’ouest de la vieille ville et l’est de celle-ci, avant de desservir quelques quartiers arabes, tels Es-Sahl ou Shu’afat, où si l’atmosphère reste détendue, la sécurité est toujours de mise : suite à chaque arrêt dans un quartier arabe, un agent de sécurité monte dans le tramway pour y vérifier immédiatement sous les sièges qu’aucun sac potentiellement suspect n’aurait été oublié –Le dernier attentat de Jérusalem a eu lieu dans un bus en Mars 2011— Mais la diversité est là. Chaque arrêt du tramway semble détenir une identité propre, ici arabisante, là juive, où il faudrait s’y attarder quelques jours afin de réellement comprendre chaque quartier.

ISRAEL : UN AVENIR, MAIS LEQUEL ? 171-300x225Pisgat Ze’ev est une petite implantation située à Jérusalem-Est, peu avant le terminus. Son centre névralgique semble être le grand centre commercial, qui n’échappe pas, lui aussi, aux contrôles draconiens à l’entrée. Le reste est constitué de blocs de maisons couleur crème, telle une banlieue pavillonnaire pour israéliens. « Regardez comme ça marche bien ici », déclare Nadaf, qui a emménagé dans cette implantation depuis quelques années en raison des faibles coûts de logement. « Les habitants du quartier viennent faire leurs courses ici. Comme les Palestiniens de Beit’Hanina », ajoute-t-il en montrant un couple de palestiniens doté de sacs de magasins chics à la main. Nadaf est un des seuls habitants qui manie l’anglais couramment, car pour le reste, et contrairement à Jérusalem, l’hébreu est de mise. Dans le tramway du sens inverse, deux jeunes femmes, l’une juive et l’autre musulmane reviennent ensemble de leurs courses au centre commercial également. L’une descendra à Shu’afat, un quartier arabe, l’autre à Jérusalem Ouest, à la station « Mahane Yehuda ».

010-300x225Du reste, Jérusalem reste incontestablement marquée par une très forte religiosité. Si bien qu’il peut être difficile pour un laïc d’y trouver sa place. En témoignent deux jeunes haredims (« craignant Dieu »), ultraorthodoxes qui se détendent dans un  bar du centre-ville. « Nous n’aimons pas cet Etat, lance d’emblée Noam, qui vit couramment à New-York. Ils ont voulu faire un Etat pour les juifs mais cet Etat n’est pas fait pour les juifs. Le Shabbat à Tel-Aviv, ils ne le savent pas le faire. Ils considèrent que c’est un dimanche ». « Nous viendrions ici si c’était encore sous l’Autorité anglaise », renchérit son collègue, qui réside dans le quartier d’Hackney à Londres et se définit comme « citoyen anglais ». « Ici nous ne sommes pas aimés, mais peu importe. Nous, nous savons qu’un jour le Messie rendra cette Terre au peuple juif, nous sommes contre le Sionisme. Nous aimons tout le monde, peu importe sa religion [...] Nous sommes les meilleurs ». Ces deux personnages, extrêmement significatifs de l’élan de religiosité qui gagne encore plus Jérusalem ces dernières années peuvent trouver leur place à « Méa Shéarim », le quartier ultraorthodoxe de la ville où les touristes ne sont guère les bienvenus ; et peuvent se sentir rapidement mal à l’aise.

« A Méa-Shéarim, je n’ai pas pu rentrer dans le quartier résidentiel. Ils ne nous considèrent pas comme les leurs. Pour-eux, les autres israéliens, laïques comme moi, nous ne sommes même pas des juifs » déclare même Golan, jeune trentenaire adepte des bars de Tel-Aviv. L’atmosphère y tranche évidemment avec la religiosité ambiante de Jérusalem, mais les problèmes géopolitiques demeurent présents dans les esprits. « Nous ne savons pas ce qui va se passer, avec les Palestiniens, la crise en Syrie, l’Iran, et même le Liban maintenant. Certains disent que s’il y a une nouvelle guerre mondiale, elle partira d’ici », continue -t-il. « Moi je m’en fiche, ajoute Idan, jeune homme de la trentaine, vivant en Israël depuis une dizaine d’années, et originaire de Russie. Si l’armée m’appelle pour je ne sais quelle guerre, je leur dirai que je suis en vacances je ne sais où. Ce n’est pas mon problème, ces histoires politiques ». Du reste, les Tel-Aviviens oublient ces soucis, en ce soir de veille de shabbat, et préfèrent déguster quelques bière, quelques cocktails à base d’arak, danser ou flirter. Et les élections dans tout ça ? « Je n’ai pas voté, je ne pense pas que ces élections soient importantes » déclare Golan. « Si j’ai voté ? Oui j’ai voté. Mais ça reste confidentiel. Et de toute façon, ça ne va rien changer », dit un chauffeur de taxi qui écume les grandes artères de Tel-Aviv durant la nuit.

Pendant la journée, les souvenirs de l’attentat du bus de Novembre 2012, s’ils demeurent dans les esprits, ne viennent pas bousculer la vie quotidienne. Aucun contrôle particulier n’a été mis spécialement en vigueur depuis cet événement. Reste que dans un restaurant à shawarmas de Jaffa, ville arabe collée à Tel-Aviv, des touristes israéliens en weekend débattent ouvertement sur le risque d’une possible « troisième intifada ». Certains s’en inquiètent, d’autres non.

Ashkelon. Ville balnéaire, située à 15 km de la bande de Gaza. Durant le conflit opposant Israël au Hamas, elle a été l’une des principales cibles des roquettes tirées depuis Gaza. C’est une ville assez laide, qui à part la Méditerranée, ne présente guère d’intérêt, et est d’ailleurs peu prisée des israéliens en recherche d’escapade. « Le calme est revenu comme avant. Maintenant tout est revenu à la normale », déclare Oren, qui tient une échoppe à falafels non loin de la gare routière. « C’est gentil d’être venu prendre des nouvelles, ajoute sa compagne, mais si vous cherchez de l’action, ce n’est plus le moment ».
« Il y a trois mois ce n’était pas le cas, reprend-elle plus sérieusement. Ces sirènes à chaque instant c’est usant vous savez. On ne sait jamais où est-ce que ça va tomber. Et ces pauvres gamins qui sont traumatisés en allant à l’école… ça ne pouvait plus durer. Personne ne veut la guerre. On ne peut pas se réjouir de ce qui est arrivé aux Palestiniens morts pendant la guerre mais c’était invivable, ces obus qui tombaient tout le temps dans le coin. Maintenant, la vie doit suivre son cours, être normale ; au moins jusqu’à la prochain fois ». Normale, la vie le paraît, en effet. Une ville de Province sans   l’historicité de Jérusalem ou la culture de Tel-Aviv. Une ville sans grand caractère, un brin ennuyeuse mais résolument tournée vers l’avenir. A l’image d’un pays où la vie suit son cours normalement, tout en étant régulièrement sur le devant de la scène internationale. Un pays constamment sujet à des tensions géopolitiques, mais où les débats politiques semblent avoir été relégués en arrière-plan. Un pays résolument tourné vers l’avenir, mais dont nul ne sait vraiment ce dont ce dernier sera fait.                                                                                                                                                                                                                                                          

Alexis Brunet                                                                                                                                                                                                     

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