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Critique du roman « La pirouette (Eduardo Halfon – Quai Voltaire) pour « La Cause Littéraire »

 

Critique du roman

« La pirouette », Eduardo Halfon, traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan (Editions Quai Voltaire – mars 2013)

Un bijou, un joyau, ou encore une pépite, comme on dit. Ce court roman de l’écrivain guatémaltèque, Eduardo Halfon, flirte avec le merveilleuxosons le mot. Et pas besoin de parcourir la revue de presse globalement dithyrambique envers cet ouvrage au préalable. Pour en être convaincu, et surtout pour le ressentir, mieux vaut encore le lire.

Résumons le contexte : lors d’un festival de musique dans la ville baroque d’Antigua, Eduardo et Lia, jeune couple de Guatémaltèques, font la connaissance de Milan Rakic, un pianiste serbe surdoué. Pour Eduardo, cette rencontre produit l’effet d’une déflagration. Durant deux jours, Milan, éternel apatride, et Eduardo, professeur d’université, nouent une solide amitié. De retour à la vie quotidienne, Eduardo reçoit de Milan des cartes postales énigmatiques postées depuis différents endroits de sa tournée. Quand il reçoit une carte postale qui apparaît comme une carte d’adieu, Eduardo décide de partir à Belgrade à la recherche du pianiste.

Jusque-là rien de neuf. Il s’agit d’un simple copier-coller de quatrième de couverture. Et si cette intrigue est plaisante, elle ne sort pas de l’ordinaire. Mais voilà que l’auteur, dès les premières pages, nous fait ressentir le Guatemala, et d’une façon plus générale, pour nous, lecteurs francophones, le parfum de l’Amérique centrale comme si on y était. Une invitation à la découverte d’une autre culture donc, qui ravira notamment tous ceux ou celles qui s’intéressent ou se sont intéressés à un moment de leur vie à cette partie du monde.

Une invitation à la musique classique également, à travers des références artistiques, notamment à Listz, constamment présente au début du livre. Enfin, une invitation au voyage ; en suivant le cheminement du protagoniste qui quitte son Guatemala pour se frotter à la région des Balkans et à sa communauté Tzigane (dont on pourra même apprendre quelques rudiments de langage).

De références à Buenos-Aires au portrait d’une Serbie encore meurtrie par la guerre, en passant par une brève plongée dans la réserve naturelle de la Sierra de la Minas, La pirouette est un roman extrêmement bien informé, qui a certainement valeur de documentaire dans une certaine mesure. Mais puisque nous parlons d’un roman, penchons-nous plutôt sur ce qui fait réellement sa force.

Avant tout, le sens du récit. Un roman est jugé en premier lieu sur le sens de la narration ; et c’est dont peut se prévaloir monsieur Halfon dans son ouvrage, du début à la fin. Car dès les premières pages, on « voit », comme on dit, les personnages ; et les scènes s’enchaînent les unes les autres avec une fluidité impeccable. On vit les situations. Et l’auteur prouve, s’il en est  besoin, qu’il n’est pas nécessaire de narrer une histoire complexe avec des rebondissements à chaque chapitre pour faire un récit impeccable.

Ensuite, l’écriture, qui est savante. Eduardo Halfon brille par une écriture foisonnante, un choix des mots aigu, alternant métaphores élégantes et phrases plus brutes. Et ceci sans jamais verser dans le pompeux, sans aucune envolée lyrique inutile. Là est la force de son écriture, ceci malgré un très léger relâchement dans quelques phrases. Toujours recherchée, tout en restant vive. On notera que le traducteur, monsieur Albert Bensoussan, a certainement très bien fait son travail.

Enfin, l’ambiance, qui se dégage. Comme évoqué plus haut, on est transporté avec finesse et brio du Guatemala à la Serbie, pour se plonger ensuite chez les Tziganes. Si ce roman est fait d’une écriture très classique, comme on dit, il n’en demeure pas moins qu’il est également rempli d’humour, souvent sarcastique. Et qu’il prête souvent à sourire.

Alors en fait, qu’est-ce qui pourrait manquer à ce livre pour qu’il rentre dans la catégorie souveraine de ce que l’on nomme les chefs d’œuvres ? Un très léger relâchement dans l’écriture, sur quelques pages, comme j’ai évoqué plus haut ? Non, cela est trop minime, trop subjectif ; il faudrait que j’argumente clairement à ce sujet, et je n’en ai pas la force. Suggérer que le principal protagoniste se prénomme autrement qu’Eduardo, comme l’auteur, et qu’il ait une autre profession que celle de professeur d’université, là aussi comme l’auteur ; car nous sommes dans un roman ? Certes, mais au fond, quelle importance requiert un tel détail ? Si l’auteur souhaitait par ce livre livrer des parcelles autobiographiques ou des fragments de vie fantasmée, il s’en cache très bien.

Alors quitte à chercher un défaut, peut-être pourrait-on suggérer une intrigue plus poussée, plus haletante, comme on dit. Car si cela est subjectif également, je me justifierais en arguant qu’ainsi, l’échappée littéraire que m’a procurée la lecture de La pirouette aurait duré plus longtemps, et ne m’aurait pas laissé sur ma faim. Et que pour faire durer le plaisir, une version rallongée n’aurait pas été de refus.

En somme, n’hésitez pas, lisez ce roman. Quels que soient vos goûts en matière de littérature, vous serez agréablement surpris, et vivement réjouis par une telle lecture.

 

Alexis Brunet

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