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Critique du roman « Le chasseur de lucioles » pour « La Cause littéraire »

« Le chasseur de lucioles », Janis Otsiemi (Editions Jigal – Février 2012)

Critique du roman

C’est une plongée dans le Gabon contemporain que nous propose le romancier Janis Otsiemi. Une plongée dans une réalité bien dure, parfois crue, voire dérangeante. Au pays où le sigle « SIDA » signifie pour certains « Syndrome inventé pour décourager les amoureux », la vie humaine n’a pas la valeur qu’elle mérite, et celle des lucioles encore moins. Les lucioles, ce sont les prostituées. Mais le savoir avant d’entamer la lecture n’altère en rien cette dernière.

C’est pour se venger de la terrible nouvelle de sa séropositivité que Georges décide de transmettre le syndrome à une de ces lucioles, dans un motel de Libreville, capitale du Gabon. Hôtels de passe, flics de Série B, escroqueries en tout genre, Janis Otsiemi parvient à décrire le quotidien de son pays sans complaisance. A travers un style fait de phrases courtes et de mots bien placés, il réussit dès les premières pages à nous amener dans un univers comme si on y était. Et au passage, nous apprend quelques termes d’argot gabonais.

C’est de polar qu’il s’agit ; avec des descriptions macabres qui font froid dans le dos. On suit le quotidiens de policiers s’efforçant de faire honnêtement leur travail, de prévenir des crimes commis par des êtres prêts à tout, y compris aux actes les plus abjects pour dérober quelques francs CFA. On suit le cheminement d’une traque à des meurtres en série que rien, surtout pas le respect de la vie humaine, et qui plus est celle d’une prostituée, ne semble pouvoir freiner. Un portrait sombre, un portrait sans complaisance. La face cachée du Gabon dépeinte

sans fioritures. Une corruption quasi-omniprésente, une pauvreté exponentielle. Le poids des traditions, et bien sûr, les libertés compressées. On pourrait presque reprocher à l’auteur de peindre un portrait trop peu flatteur de son pays. Une sorte de Ken Loach à la gabonaise, qui risque de ne pas se faire que des amis au Gabon.

Certains lecteurs devraient être ravis (Libération, le webzine Alibi sont très enthousiastes sur cet ouvrage). D’autres pourront regretter un certain éparpillement dans une trop grande pluralité de personnages, desquels il peut être difficile de se retrouver ; ainsi qu’un certain essoufflement de l’intrigue du chasseur de prostituées au profit de l’intrigue du braquage d’un fourgon. On pourrait préférer que l’histoire soit restée centrée sur les actes malveillants commis par le « chasseur de lucioles ». Et plutôt qu’une légère dispersion entre les différents personnages, entre les protagonistes et leurs complices, on aurait pu apprécier que les profils psychologiques des protagonistes, en particulier celui du « chasseur de lucioles » aient été plus creusés. Mais grâce à des dialogues rondement menés et une immersion initiatique dans le quotidien de quelques flics de Libreville, Janis Otsiemi s’impose avec ce nouveau roman comme un talent de la littérature africaine francophone. Car au-delà des intrigues, la force de ce roman réside dans la prépondérance de dialogues à l’écriture maitrisée, et dans le réalisme social et citadin dépeint du début à la fin. Un auteur à lire donc, et à suivre.

 Alexis Brunet

 http://www.lacauselitteraire.fr/le-chasseur-de-lucioles-janis-otsiemi

 

 

 

 

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