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Critique de l’essai « L’économie selon la Bible » pour « La Cause littéraire »

 

Critique de l'essai

« L’économie selon la Bible », Richard Sitbon, Editions Eyrolles, mars 2013

C’est une approche originale, du moins pour le grand public, que nous livre Richard Sitbon. En étayant son travail par celui de ses prédécesseurs, il nous apprend qu’un certain nombre d’économistes, théologiens, idéologues, ou simplement penseurs souhaitant œuvrer pour un monde meilleur, ont puisé la source de leur théorie dans l’étude de l’Ancien Testament ou du Talmud.

A travers une analyse du traitement de l’échange, de la notion d’intérêt, ou de la place de l’homme dans l’économie notamment, l’auteur entend nous démontrer peu à peu en quoi l’économie dans l’Ancien Testament tend à placer l’homme en son centre, ceci au dépend du tout profit, tout en gardant la valeur travail comme fondamentale. Une économie « solidariste », plus subtile que libéralisme sauvage, qui flirte avec la « décroissance » et dont les principes rappellent en de nombreux points l’Economie sociale et solidaire. Et son ministère évidemment. Car quels sont les piliers du « solidarisme », cette théorie macro-économique ? L’éducation, le groupe, le contrôle de la croissance, la régulation de la concurrence, un nouvel ordre social.

Où l’on apprend que l’Ancien Testament se préoccupe d’écologie : p.104, Shoftim 20, 19 de la Bible hébraïque : Tu n’en détruiras pas les arbres. En élevant la hache, c’est d’eux que tu te nourriras, tu ne l’abattras point. D’urbanisme : p.106, extrait des Nombres 35 : 1-5 : 1. L’Eternel parla à Moïse… en disant : 2. Avertis les enfants d’Israël qu’ils doivent donner aux Lévites, qu’ils y habitent, outre une banlieue, autour de ces villes, que vous leur donnerez également. 3. Les villes leur serviront pour l’habitation ; et les banlieues seront pour leur bétail, pour leurs biens, pour tous les besoins de leur vie. Et donne directement des leçons pour une économie durable : p.204, extrait de 23 :10-11 : Pendant six ans, tu ensemenceras tes terres et tu en engrangeras les produits. Mais la septième année, tu les laisseras en jachère. Ou que, selon l’auteur (p.165), « ce que l’Ancien Testament rejette par rapport à l’Egypte, c’est avant tout cette absence de tout contrôle et de limites et l’abandon de toute éthique religieuse. Situation qui ne va pas sans nous rappeler nos sociétés de consommation modernes, où le marché est voulu comme seul catalyseur qui exprime la direction à prendre. Ce refus d’un marché sans éthique, inhibiteur de la progression sociale, a poussé le religieux à aller plus loin dans ses réflexions en réintégrant une dimension transcendantale à l’économie ». Intéressant.

Oui, mais pourquoi n’avoir pas plutôt intitulé cet ouvrage « L’économie selon l’Ancien Testament et le Talmud », ou bien « L’économie selon l’Israël (biblique) », ou plutôt « l’économie selon le Judaïsme ». Cela aurait été plus approprié. Car si le Nouveau Testament n’est pas du tout abordé, tout comme les livres suivant la Thora, les études du Talmud sont omniprésentes, et c’est bien de Judaïsme qu’il s’agit du début à la fin de l’ouvrage. C’est l’importance du Judaïsme qu’aurait omis Max Weber en liant l’essor du Capitalisme uniquement au Protestantisme, ce que l’auteur, en se basant sur le travail de certains penseurs, démontre assez bien. Avant de nous informer de l’existence d’un « Judaïsme économique » qui selon lui n’a pas été assez étudié, tandis que le Shabbat, le Yovel ou la Shemita représenteraient en soi des principes économiques. L’aboutissement de cette économie qui place l’humain en son cœur serait le « solidarisme », un principe de société situé à mi-chemin entre capitalisme et collectivisme, initié par le théoricien Théodore Herzl. On apprend alors que le chantre du mouvement sioniste proposait également tout un modèle de Société plus juste : p.179, extraits de deux ouvrages de Herzl : L’initiative privée n’est pas chez nous écrasée par les meules de pierres du capitalisme, ni décapitée par l’égalitarisme socialiste (…) Cependant c’est la formule intermédiaire entre l’individualisme et le collectivisme. Elle n’enlève à l’individu ni le ressort, ni la jouissance de la propriété privée, tout en lui donnant les moyens de se défendre par l’association contre la puissance indue du capitalisme.

L’auteur conçoit également le solidarisme talmudique comme un moyen de prévenir les crises : p.226 : « plutôt que d’accompagner les crises en injectant des sommes considérables dans les économies, il s’agirait de devancer les crises. Pour ce faire, il faudrait amorcer un processus de réflexion et de redistributions qui permette à la société, en anticipant ses cycles naturels, d’éviter le prix social des crises, le chômage et les faillites de ses effondrements économiques ». De plus, ce solidarisme propose aussi de redéfinir la notion de réussite sociale, ce qui est séduisant, en ces temps où l’argent est roi : p.228 : « La réussite ne sera pas mesurée en fonction de l’argent accumulé, mais en fonction du travail et de l’effort fournis par les membres d’une communauté ». En revanche le solidarisme comme moyen d’équilibre social peut laisser plus dubitatif : p.228 : « Le solidarisme talmudique nous propose alors, puisqu’il n’y a plus de lutte des classes, une union basée sur une plus grande responsabilité du travailleur, qui évite toute mobilisation sociale ou mouvement de contestation et qui contribue à une plus grande productivité ainsi qu’à la paix sociale ». Mais qu’importe, Richard Sitbon a de la suite dans les idées, car il l’affirme : « La première recommandation et règle de conduite que nous trouvons est l’interdiction d’exploiter la force de travail. Si pour Marx, le salaire est défini comme “la somme des moyens de subsistance nécessaires à la production des remplaçants des travailleurs”, pour la Bible, la base du contrat de travail est l’instauration d’une confiance mutuelle ».

La force de cet ouvrage, c’est de se baser tout au long sur des travaux d’autrui. De John Stuart Mill à David Ricardo, d’Elie Munk à Léon Bourgois, en passant par Abraham ou Jabotinsky, tout ce qui est à la source de L’économie selon la Bible est le fruit d’une recherche minutieuse, soigneusement exposé de façon à être accessible à tous. Néanmoins, et notamment au début de l’ouvrage, les familiers de l’économie pourraient mieux s’y retrouver. Mais c’est aussi une certaine faiblesse, dans le sens où manifestement soucieux de ne livrer à son lecteur aucune affirmation qui pourrait être interprétée comme gratuite ou infondée, Richard Sitbon reste un brin frileux dans ses propres propositions. Et s’il affirme plusieurs fois que l’économie dans le Judaïsme n’a pas été étudiée suffisamment en profondeur par ceux qui se sont penchés sur le thème avant lui, il ne tend pas réellement à pallier ce problème. On en attendra alors plus du prochain ouvrage sur ce sujet, quel qu’en soit l’auteur ; car c’est clairement une approche originale de l’économie que nous livre cet ouvrage, ce qui est bienvenu dans ces temps où l’économie de marché peine à reconsidérer pleinement l’humain.

 

Alexis Brunet

http://www.lacauselitteraire.fr/l-economie-selon-la-bible-richard-sitbon

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