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Un monde beau fou et cruel (Troy Blacklaws – 2013 ; Critique pour « La Cause littéraire »)

Afrique du Sud, le Cap, Décembre 2004. Plus de dix ans après la fin de l’apartheid, le rêve arc-en-ciel de Nelson Mandela ne parvient pas àUn monde beau fou et cruel (Troy Blacklaws - 2013 ; Critique pour émerger. Gangsters et trafics en tous genres, pauvreté exponentielle, racisme inter-ethnique envers de nouveaux immigrés africains, persistance voire développement de ghettos déjà existants sous l’apartheid, manque de possibilités pour les générations nouvelles. Que les choses soient claires, la vie n’est pas de tout repos dans la ville du Cap et dans ses environs. La vie y est même très souvent dure.

Deux protagonistes. Jérusalem, surnommé Jero, et Jabulani. Un jeune sud-africain, un professeur du Zimbabwe. Le premier est métis, né de père musulman et de mère juive, le second échoue dans le chaos de la nation « arc en ciel » suite à la répression s’abattant dans son pays. Le premier tombe sous le charme d’une jeune femme caucasienne de la bonne société. Le second tombe aux mains de malfrats aux activités les plus sordides, et n’ayant pas une once d’humanité dans ce monde gangrené par la violence et le mépris de la vie humaine. Et tandis que le premier, pauvre et de sang noir, joue quelques accords de guitare dans la rue pour tenter d’attirer l’attention de la belle blanche et riche, le second se retrouve poursuivi par un bandit surnommé « Cowboy fantôme », auquel il tente désespérément d’échapper.

Tandis que Jero tente d’obtenir les faveurs de sa belle, Jabulani lutte pour sa survie. Tous deux tracent leur chemin au hasard des rencontres, semblent peiner à trouver leur place dans une société au bord du gouffre, où le nombre des laissés pour compte paraît croître d’une façon inéluctable. C’est donc une face sombre de l’humain qui est dépeinte dans ce roman où pourtant émergent çà et là des fragments de bienfaisance. Une femme qui prend un noir dans sa voiture d’où s’échappe un air de Nina Simone. Un flic n’ayant jamais pu trouver de travail en Grande Bretagne durant les années de l’apartheid qui décide de prêter rescousse à un réfugié sans le sou. Une jeune femme blanche qui daigne présenter un jeune homme noir et pauvre à son cercle restreint d’amis. Au milieu de la confusion et des troubles, au milieu des SDF, de la violence omniprésente, de la pauvreté exponentielle, la vie suit son cours. Il en faudrait plus pour mettre le moral de nos deux protagonistes au plus bas.

Il y a les lieux également. Les paysages, le climat. La beauté sans égale de l’Afrique du sud qui est évoquée, décrite, rappelée à chaque page. La nature terrestre, ses chiens errants, ses cormorans. L’océan, ses pêcheurs et ses requins. Les humains également, avec ses fermiers, ses voleurs, les conversations des cafés du Cap et les touristes. Un sens de la métaphore insufflant au roman une dimension poétique qui porte l’écriture du roman à un niveau élevé. Une évocation des lieux et des détails effectuée avec des métaphores telles que l’importance de l’atmosphère du livre tend à égaler celle du récit. Quitte à noyer parfois ce dernier ? Peu importe. Un monde beau, fou et cruel est un livre abouti et creusé, résultant sans doute d’un travail long et persévérant. Ceci pour un produit réussi. Pour l’éclosion d’un de ces livres qui parviennent à envouter le lecteur dès les premiers paragraphes, tant par le récit que par le réalisme des territoires qui y sont peints. Et une très bonne initiation à l’Afrique du sud, en particulier à la province du Cap-Occidental. Une traduction brillamment effectuée. On comparera avec la version originale anglaise si besoin est (et si le temps est présent), mais au vu de la richesse stylistique de nombre de phrases de ce bouquin, on n’omettra pas de souligner la réussite du travail de Pierre Guglielmina, le traducteur. Un roman à feuilleter donc. Et à lire dans la foulée.

 

Alexis Brunet

http://www.lacauselitteraire.fr/un-monde-beau-fou-et-cruel-troy-blacklaws

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